Le ZBLAN est le verre fluoré qui rend possible la conception d’un laser tout-fibre fonctionnant à 2910 nm. Le verre de silice est inadapté à ces longueurs d’onde : l’absorption multiphononique dans la matrice Si-O augmente drastiquement au-delà de 2,2 µm, ce qui bloque la transmission de la lumière. Atteindre cette longueur d’onde requiert donc un verre mou dont la transparence s’étend jusque dans l’infrarouge moyen.
Le travail de ce type de verre constitue une discipline à part entière. Le verre fluoré se ramollit à basse température, sa viscosité varie brusquement sur une plage thermique restreinte, et il exige un contrôle thermique extrêmement précis à chaque étape de la fabrication des fibres et des composants. La fiabilité d’un laser à fibre fluorée se construit étape par étape, à l’aide d’outils de fabrication développés spécifiquement pour ce matériau, plutôt que d’emprunter ceux utilisés pour la silice. Chaque composant, des réseaux de Bragg sur fibre aux épissures en passant par la protection des extrémités de la fibre, doit être repensé à partir de zéro et conçu pour répondre aux normes industrielles. C’est là toute l’ingénierie qui se cache derrière chaque produit livré par Â鶹ÊÓƵ.
La transparence de la silice s’arrête là où commence son seuil multiphononique. La transmission dans la fibre de silice chute au-delà d’environ 2,2 µm, et à 2,9 µm, la fibre ne guide plus la lumière. Le verre de fluorozirconate présente une énergie de phonon plus faible, ce qui repousse ce seuil beaucoup plus loin. La fibre en ZBLAN est étirée à partir de l’une de ces compositions, nommée d’après ses constituants : ZrF4, BaF2, LaF3, AlF3 et NaF. Sa fenêtre de transmission s’étend jusqu’à environ 4,3 µm, où l’atténuation atteint 1 dB/m, avec des pertes intrinsèques (pertes de fond) inférieures à 20 dB/km autour de 3 µm.

Fig. 1 : Atténuation typique d’une fibre multimode (source des données : Le Verre Fluoré).
Cette même énergie de phonon détermine si l’erbium peut ou non émettre par effet laser dans cette bande. Dans la silice, la relaxation non radiative vide le niveau supérieur de la transition à 2,9 µm plus rapidement que le pompage ne peut le remplir ; il n’y a donc aucun gain utile, quel que soit le taux de dopage. En intégrant cette même terre rare dans un verre fluoré, ce canal de relaxation est supprimé, ce qui laisse une durée de vie du niveau supérieur suffisamment longue pour générer une inversion de population.
La faible énergie de phonon n’explique pas tout. Le verre fluoré dissout également les terres rares bien mieux que la silice, ce qui permet d’atteindre des concentrations en ‘erbium très élevées. Ce point est crucial car le niveau laser supérieur possède une durée de vie spontanée plus courte que le niveau inférieur, ce qui devrait empêcher tout fonctionnement continu efficace. Ce problème est contourné grâce au transfert d’énergie entre les ions d’erbium voisins, qui recycle la population du niveau inférieur vers le niveau supérieur, un phénomène qui n’apparaît qu’à des concentrations de dopage élevées (Pollnau et Jackson, 2002).
La température de transition vitreuse du ZBLAN se situe aux alentours de 260 °C, contre 1175 °C pour la silice. Ce qui importe davantage pour le traitement de ce matériau, c’est la rapidité avec laquelle sa viscosité diminue au-delà de cette température : une variation d’un facteur 10 de la viscosité correspond à environ 10 °C dans le verre fluoré, contre environ 100 °C dans la silice. Lors du chauffage de la fibre pour une épissure, quelques degrés suffisent à déterminer si la soudure se forme proprement ou si le cœur se déforme (Fortin et al., 2022).

Fig. 2 : Viscosité du ZBLAN et de la silice en fonction de la température, normalisée par rapport à la température de transition de chaque verre (adapté de Fortin et al., 2022).
Par conséquent, les recettes classiques d’épissure pour les fibres en silice ne sont pas applicables à celles en ZBLAN. Les soudeuses à arc électrique, par exemple, fonctionnent à plus de 1000 °C et ne peuvent être utilisées avec la fibre fluorée que sous vide partiel, ce qui permet à l’arc d’opérer à une température bien plus basse. Les soudeuses à filament et à laser CO2 travaillent directement aux températures requises et les maintiennent stables, ce qui en fait l’option la plus adaptée. L’expansion thermique ajoute une difficulté supplémentaire : le verre fluoré se dilate environ 30 fois plus que la silice, ce qui peut désaligner les cœurs des fibres lors du refroidissement de la jonction.
La longueur d’onde d’opération impose une contrainte supplémentaire. Le verre fluoré est sensible à l’humidité, et la diffusion des ions OH dans l’extrémité nue d’une fibre peut augmenter l’absorption à 2910 nm, ce qui fait augmenter sa température en cours de fonctionnement jusqu’à ce que le verre cède (Caron et al., 2012). La solution réside dans l’utilisation d’embouts de protection spécialisés (endcaps) (Aydin et al., 2019), une technologie brevetée dont Â鶹ÊÓƵ détient les droits.
Mécaniquement, la fibre est plus fragile que la silice : le rayon de courbure minimum est plus grand, la résistance à la traction est plus faible et les défauts de surface se propagent sous l’effet des contraintes. Chaque segment de fibre reçu est inspecté afin d’écarter les sections fragiles. La fibre de livraison (delivery fiber) est acheminée à l’intérieur d’une armature de protection limitant la courbure, choisie pour être suffisamment souple pour faciliter la manipulation. De plus, les procédures d’épissure et de coupe sont optimisées pour être reproductibles d’un lot de fibres à l’autre.
Un réseau de Bragg sur fibre (FBG) est une modulation périodique de l’indice de réfraction inscrite dans le cœur de la fibre optique, qui réfléchit une bande spectrale étroite et transmet le reste du spectre. Son inscription dans un verre fluoré a été démontrée pour la première fois à l’Université Laval en 2007, à l’aide d’impulsions femtosecondes traversant un masque de phase (Bernier et al., 2007). Les cavités tout-fibre en verre fluoré dopé à l’erbium qui ont suivi reposent sur cette avancée technologique (Faucher et al., 2009 ; Fortin et al., 2015).
C’est ce qui rend possible une architecture de cavité laser tout-fibre à 2910 nm. Les deux miroirs de la cavité étant intégrés dans le cœur de la fibre, il n’y a aucun trajet optique en espace libre (free-space), aucun composant optique à aligner et aucun alignement à maintenir au cours de la durée de vie du système. L’architecture tout-fibre est également la seule à permettre à un intégrateur de tirer pleinement parti des avantages pratiques d’un laser à fibre.

Fig. 4 : Comparaison schématique de deux architectures : une source tout-fibre à 2910 nm (en haut) et une source à l’état solide en espace libre (en bas). Échelle non respectée.
La gravure du réseau de Bragg fige sa période et, par conséquent, la longueur d’onde de la cavité. Cette longueur d’onde peut être réglée n’importe où dans la bande de gain de l’erbium, y compris aux marges où le gain est plus faible et où un réflecteur à large bande ne permettrait pas d’obtenir un effet laser efficace. Les sources standards sont calibrées à 2910 nm et 2825 nm, d’autres longueurs d’onde dans cette bande pouvant être produites sur demande. Les procédés d’inscription de ces réseaux, ainsi que les méthodes visant à en accroître la robustesse en milieu industriel, sont protégés par des brevets.

Fig. 5 : Réseau de Bragg inscrit dans le cœur d’une fibre fluorée ZBLAN, observé au microscope.
L’eau présente une très forte absorption à 2910 nm, ce qui rend cette longueur d’onde utile pour diverses applications médicales. Les polymères et adhésifs, inévitablement présents dans tout système à fibre, absorbent également cette longueur d’onde, convertissant la lumière parasite en chaleur. Or, le verre fluoré tolère beaucoup moins la chaleur que la silice. Pour garantir la fiabilité à long terme, la gestion thermique est intégrée au cœur de la conception de chaque composant fibré et à chaque étape d’assemblage, et chaque système est soumis à des tests d’endurance rigoureux avant son expédition.
Les sources sont qualifiées pour une puissance de sortie de 10 W à 2910 nm. Chaque unité est ensuite soumise à un rodage (burn-in) de 50 heures en fonctionnement continu, ce qui stabilise les réseaux de Bragg, les adhésifs et les polymères du montage. Des critères stricts de réussite ou d’échec (pass-or-fail) sont appliqués à l’issue de ce test. La puissance de sortie reste ensuite stable à pleine puissance.

Fig. 6 : Puissance de sortie d’un laser à fibre à 2910 nm sur 800 heures en fonctionnement continu à pleine puissance.
Pour l’intégrateur, l’absence de composants optiques en espace libre élimine une catégorie entière de tâches d’entretien. Il n’y a pas de cavité à réaligner après l’expédition, aucun miroir à nettoyer, pas de procédure d’alignement au démarrage, ni de procédure d’entretien optique sur le terrain à rédiger, à enseigner et à prendre en charge tout au long de la durée de vie du produit. La seule maintenance requise concerne le système de l’intégrateur, et non le laser qu’il contient.
La mise au point d’un laser à fibre fluorée fiable et performant à 2910 nm exige une expertise entièrement nouvelle à chaque étape, des épissures aux réseaux de Bragg en passant par les embouts de protection (endcaps). Une chaîne n’est aussi solide que son maillon le plus faible; c’est pourquoi, chez Â鶹ÊÓƵ, rien n’est laissé au hasard. Le produit que nous proposons aujourd’hui est le fruit d’années de travail acharné, dont les origines remontent aux recherches qui ont tout déclenché bien plus d’une décennie avant la création de l’entreprise.
Les spécifications complètes, les données de faisceau mesurées et les interfaces d’intégration de la source laser basée sur cette plateforme sont disponibles sur la page dédiée au laser à fibre à 2910 nm. Les ingénieurs souhaitant évaluer une source dans l’infrarouge moyen peuvent contacter l’un de nos experts via le formulaire de contact.
Vincent Fortin PhD, Directeur de la technologie, Â鶹ÊÓƵ
Pourquoi la fibre de silice ne fonctionne-t-elle pas à 2910 nm ?
La transparence de la silice s’arrête là où commence son front d’absorption multiphononique. La transmission chute au-delà de 2,2 µm environ. À 2,9 µm, la fibre de silice ne transporte tout simplement plus la lumière, ce qui invalide également l’usage de tous les composants basés sur elle (épissures, réseaux de Bragg, combineurs).
Qu’est-ce que le ZBLAN ?
Le ZBLAN est un verre de fluorozirconate nommé d’après ses constituants (ZrF4, BaF2, LaF3, AlF3, NaF). Sa faible énergie de phonon repousse la fenêtre de transmission jusqu’à environ 4,3 µm, avec des pertes de fond inférieures à 20 dB/km près de 3 µm. C’est la composition spécifique utilisée pour étirer la fibre des lasers à 2910 nm.
Comment la longueur d’onde d’un laser à fibre ZBLAN est-elle définie ?
Un réseau de Bragg sur fibre, soit une modulation périodique de l’indice inscrite directement dans le cœur de la fibre, fixe la longueur d’onde de la cavité au moment de son inscription. Les sources standards sont disponibles à 2910 nm et 2825 nm, d’autres longueurs d’onde au sein de la bande de gain de l’erbium peuvent être fournies sur demande.
Comment vérifie-t-on la fiabilité à long terme ?
Chaque source est qualifiée pour une sortie de 10 W à 2910 nm, et soumise à un déverminage continu (burn-in) de 50 heures pour stabiliser les réseaux, les adhésifs et les polymères de l’assemblage. Elle est ensuite testée en endurance en fonctionnement continu à pleine puissance.